LibérationParis

Repas du Nouvel an pour les sans-abri, organisé par la mairie d’Athènes, le 1er janvier 2012.
Pendant que les négociations sur l’effacement de la dette grecque se poursuivent, la mairie d’Athènes fournit deux repas par jour à des salariés licenciés victimes des plans d’austérité et menacés de famine. Une situation que certains Grecs n’hésitent pas à comparer au temps de l’Occupation.
Tous les jours, la même scène : à midi, une foule silencieuse se presse devant les grilles de la mairie d’Athènes, à deux pas de la place Omonia. Combien sont-ils ? Une centaine ? Bien plus encore ?
« Le soir, ils sont deux à trois fois plus nombreux« , soupire Xanthi, une jeune femme chargée par la mairie « de gérer la foule« . L’ambiance est tendue quand les grilles s’ouvrent enfin, et qu’une longue cohorte se forme jusqu’au stand où l’on distribue un Coca-Cola light et une sorte de purée de patates dans une gamelle en plastique.
Il y a des cris, des disputes, tout doit aller très vite : la distribution ne dure qu’une demi-heure. Au milieu des quelques marginaux et des vieillards aux vêtements usés, on remarque toute de suite cette nouvelle catégorie de citadins jusqu’à présent peu habitués à quémander sa nourriture.
La plupart d’entre eux refusent de parler aux journalistes. « Ils ont honte« , confie Sotiris, 55 ans, qui s’est retrouvé au chômage après avoir travaillé vingt ans dans une compagnie de sécurité. « Mais en Grèce, les allocations chômage ne durent qu’un an», rappelle-t-il.
En Grèce, on les appelle les « néopauvres« , ou encore les « SDF avec iPhone » : des salariés virés d’une des nombreuses PME qui ont fait faillite, des fonctionnaires licenciés à la suite des mesures d’austérité prises depuis deux ans.
Tous se sont retrouvés au chômage, alors que les crédits à la consommation les avaient poussés à se surendetter pendant les années fastes. Qui ne sont pas si loin : entre 2000 et 2007, la Grèce affichait encore un taux de croissance prometteur de 4,2%.
Des enfants le ventre vide
Puis la crise bancaire de 2008 et l’annonce coup de tonnerre d’un déficit budgétaire record de 12,7% du PIB fin 2009 ont fait s’effondrer, comme un château de cartes, une économie aux bases trop fragiles pour résister au jeu spéculatif des marchés.
Travail au noir, fraude fiscale, administration inefficace : les maux sont connus et une grande partie de la population accepte la nécessité des réformes structurelles exigées par « Merkozy », comme on appelle ici le tandem Angela Merkel-Nicolas Sarkozy, qui domine les négociations à Bruxelles. Mais les plans d’austérité imposés au pays depuis le printemps 2010 passent mal.
Ils frappent en priorité les salariés et les retraités, qui ont vu leurs revenus diminuer, voire disparaître quand ils ont été licenciés, et leurs impôts, prélevés à la source, augmenter de façon exponentielle. Résultat ? En deux ans, le nombre de sans-domicile-fixe a augmenté de 25% et la faim est devenue une préoccupation quotidienne pour certains.
« J’ai commencé à m’inquiéter lorsqu’en consultation j’ai vu un, puis deux, puis dix enfants qui venaient se faire soigner le ventre vide, sans avoir pris aucun repas la veille« , raconte Nikita Kanakis, président de la branche grecque de Médecins du monde. Il y a une dizaine d’années, l’ONG française avait ouvert une antenne en Grèce pour répondre à l’afflux aussi soudain que massif d’immigrés clandestins sans ressources.
«Depuis un an, ce sont les Grecs qui viennent nous voir. Des gens de la classe moyenne qui, en perdant leurs droits sociaux, n’ont plus droit à l’hôpital public. Et depuis six mois, nous distribuons aussi de la nourriture comme dans les pays du tiers-monde, constate le docteur Kanakis, qui s’interroge. Le problème de la dette est réel mais jusqu’où peuvent aller les exigences de Bruxelles, quand des enfants qui ne vivent qu’à trois heures d’avion de Paris ou Berlin ne peuvent plus de soigner ou se nourrir ? »
Jeudi, une scène insolite s’est déroulée au cœur d’Athènes, sur la place Syntagma, juste en face du Parlement : des agriculteurs venus de Thèbes, à 83 km de la capitale, distribuent 50 tonnes de patates et d’oignons gratuitement. Annoncée à a télévision, la distribution tourne vite à l’émeute.
« Étrangler encore plus les plus pauvres »
Tout le monde se précipite sur les étals. A nouveau des disputes, des cris. « On n’avait pas vu ça depuis l’Occupation« , peste Andreas qui observe le spectacle à distance. L’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale avait provoqué une terrible famine qui reste dans toutes les mémoires.
Mais si le mot revient si souvent pour décrire le retour de la faim qui frappe les classes moyennes, c’est aussi en référence aux diktats de Bruxelles, et plus encore de Berlin. « Tous les trois mois, on nous menace de faillite immédiate et on nous ordonne d’étrangler encore plus les plus pauvres. L’argent qu’on nous promet ? Ce sont des prêts qui ne servent qu’à rembourser nos créanciers ! » s’exclame Andreas.
Employé dans une entreprise maritime, il rit en évoquant l’éventualité de supprimer les treizième et quatorzième mois des salariés du privé. Comme beaucoup d’employeurs, le sien ne lui verse aucun salaire depuis des mois. « Les patrons invoquent la crise pour éviter de payer leurs employés», se plaint-il.
Puis, se tournant vers l’ancien Palais royal qui abrite le Parlement, il ajoute : « Ici, il y a 300 crétins qui suivent un gouvernement non élu par le peuple. Est-ce qu’ils ont diminué leur train de vie ? Les fonctionnaires de l’Assemblée touchent toujours seize mois de salaires et personne à Bruxelles ne s’en préoccupe. »
Loin d’avoir, comme en Italie, provoqué un sursaut national face à la crise, Loukas Papademos, le Premier ministre «technocrate» nommé en novembre, brille surtout par son silence. Alors que le pays négocie à nouveau sa survie en promettant de nouvelles mesures de rigueur, la seule interview qu’il a accordée était destinée au… New York Times.
Andreas en est persuadé : « Nous vivons sous une dictature économique. Et la Grèce est le laboratoire où l’on teste la résistance des peuples. Après nous, ce sera le tour des autres pays d’Europe. Il n’y aura plus de classe moyenne. »


Un article de « contrelacour » sur le sujet
Le traité instituant le Mécanisme Européen de Stabilité est-il légal?
Ces jours-ci, face au manque d’informations officielles relatives au Mécanisme Européen de Stabilité (MES), de nombreux textes et vidéos fleurissent un peu partout sur la toile visant à dénoncer ce traité (voir fin de l’article).
Dernier texte passé entre mes mains: « MES, un coup d’état dans 17 pays » par Rudo de Ruijter, écrit le 14 octobre dernier.
Cet article dénonce ce qui pourrait constituer une illégalité du Traité. Je cite: « Le MES est basé sur un amendement de l’article 136 du TFUE du 23 mars 2011, qui, en fait, constitue un accroissement du pouvoir de l’Union Européenne. Et parce que cet amendement est basé sur l’article 48.6 du Traité de l’Union Européenne (TUE), cela est illégal. » J’ai donc creusé pour en savoir plus.
Historique:
Sur proposition de la Commission européenne, le Conseil européen s’entend sur un projet de modification de l’article 136 du Traité sur le Fonctionnement de l’UE (TFUE), le 16 décembre 2010. Le texte est ensuite transmis au Parlement européen pour validation. Ce qui est chose faite, après quelques amendements, le 23 mars 2011.
Ces amendements n’ont pas été pris en compte par le Conseil, qui, le 25 mars 2011, a adopté la réforme suivante:
À l’article 136, paragraphe 1, du traité FUE, le point suivant est ajouté:
«Les Etats Membres dont la monnaie est l’euro peuvent établir un mécanisme de stabilité pouvant, si nécessaire, être activé dans le but de préserver la stabilité de la zone euro dans son ensemble. L’octroi de toute aide financière en vertu du mécanisme sera soumis à de strictes conditionnalités».
Basé sur cette modification, le Mécanisme européen de stabilité est lui-même établi par un traité conclu entre les États membres de la zone euro : le Traité établissant le Mécanisme européen de stabilité.
Signé le 11 juillet 2011 par les ministres des finances européens, ce Traité attend désormais la ratification par les Parlements nationaux avant le 31 décembre 2012, de même que ladite modification de l’article 136 du TFUE.
En France, ces textes ont été déposés devant l’Assemblée nationale et doivent être examinés avant le 31 décembre 2011.
Problème:
La décision visant à modifier l’article 136 du TFUE s’appuie sur la procédure instituée par l’article 48, paragraphe 6, du traité sur l’Union européenne (TUE). Celui-ci indique que les décisions prises sur son fondement ne peuvent pas accroître les compétences attribuées à l’Union dans les traités.
Cette condition pourrait expliquer le fait que le MES se soit constitué en dehors du cadre institutionnel de l’Union.
Ce problème a été soulevé par Monsieur Patrick Braouezec, député français lors d’une question ministérielle posée le 18 janvier 2011. Dans sa réponse, le ministre des affaires étrangères est sans appel:
a) la modification de l’article 136 TFUE n’a ni pour objet ni pour effet d’accroître les compétences dévolues à l’Union par les traités. Elle a pour but d’ouvrir aux États membres de la zone euro la faculté d’établir un mécanisme européen de stabilité, dans le cadre distinct d’un accord intergouvernemental. Pour mémoire, les caractéristiques de ce mécanisme ont été définies par le Conseil européen des 24 et 25 mars : cet accord politique doit désormais être transposé dans un texte de portée juridique. Cet accord international sera, le moment venu, soumis à ratification, conformément à l’article 53 de la Constitution ;
b) de même, comme le prévoit l’article 47 paragraphe 6 du traité sur l’Union européenne, la décision du Conseil européen modifiant l’article 136 TFUE devra également être soumise à ratification.
Malgré tout, cette subtilité dans la construction institutionnelle du MES, me conduit à soulever plusieurs éléments:
pourquoi un accord intergouvernemental présenté comme distinct des institutions européens a t-il autant fait intervenir ces mêmes institutions? Certains penseront que cela est uniquement du à la volonté de contourner les règles établies par les Traités afin de procéder par révision simplifiée. D’autres, sans aller aussi loin, y verront à juste titre les contraintes préalables imposées désormais par l’Union à toute attentes distinctes souhaitées par les Etats.
d’autre part, cette construction en dehors du cadre institutionnel a été vivement critiquée par le Parlement européen. Cela a amené ce dernier à réclamer une participation directe et accrue de la Commission européenne dans son fonctionnement. Reste ainsi à déterminer si ce rôle nouveau (ou approfondi) accordé à la Commission européenne constitue une augmentation des compétences exercées par l’Union.
Espérons que ce débat juridique soit soulevé par les opposants européens du MES afin de connaître si l’article 48-6 du TUE pouvait être légitimement utilisé pour introduire une telle modification.
Pour en savoir plus sur le MES, je vous invite à consulter la page suivante: http://www.theorie-du-tout.fr/search/label/MES
Sources:
résolution du Parlement européen du 23 mars 2011 sur le projet de décision du Conseil européen modifiant l’article 136 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne en ce qui concerne un mécanisme de stabilité pour les États membres dont la monnaie est l’euro
réponse ministérielle: http://questions.assemblee-nationale.fr/q13/13-98186QE.htm
Aïe ! On ne peut pas dire que ces modifications réglementaires soient claires ! Pour ma part, il faudra que je relise plusieurs fois pour en saisir les subtilités. Les politiciens européens jouent sur du velours, qui sont certains que moins de un pour cent des citoyens seront en mesure de suivre.
ils s’en foutent de toute façon ils ne nous demanderons pas notre avis par contre pour stigmatiser ces salauds de chomeurs là on nous propose un référendum
elle est pas belle la vie ?
je suis bien d’accord c’est un de mes problèmes : je suis contrainte de faire confiance aux gens en qui j’ai vérifié précédemment qu’ils sont dignes de confiance… et ne pas croire les autres… c’est un déséquilibre…
je viens d’entendre Sapin (mon député et piètre économiste PS) sur FI dire qu’il voterait le MES parce que c’est un truc d’entr’aide,il a d’expliqué que le MES est un « contrat » d’entr’aide et donc qu’il le voterait, mais par contre à « son » arrivée au pouvoir il dénouerait le traité de ce mécanisme.
nota : il est si sûr d’être ministre de l’économie en mai 2012 ? pour voter ainsi ?
et là il va causer d’un hopital qui doit fermer
pauvre hopital, s’il lui réserve le même traitement
Eh bien voilà ! Ils l’ont fait !
http://bab007-babelouest.blogspot.com/2012/02/mes-ils-lont-fait-merci-les-socialistes.html
Et maintenant ?