Sauver l’euro : une politique «criminelle» selon un prix Nobel d’économie
Roland Hureaux – Chroniqueur associé

Pour les prix Nobel Joseph Stilglitz et Paul Krugman, la politique économique menée par les dirigeants européens rend la récession inévitable. De ce constat, notre chroniqueur associé Roland Hureaux tire deux conclusions : le cycle de récession dans lequel s’est engagée l’Europe inquiète tous ses partenaires. De plus, les psychologies des peuples de la zone euro sont trop différentes pour que la réussite économique de l’Europe soit assurée.

«Criminelle», rien de moins : c’est ainsi que Joseph Stiglitz , prix Nobel d’économie, qualifie la politique actuelle de l’Europe visant à sauver l’euro et basée sur toujours plus de rigueur : politique d’Angela Merkel comme de François Hollande, malgré les velléités de politique de croissance de ce dernier, politique de Draghi, de van Rompouy et de Barroso. Le raisonnement est clair : les politiques menées par l’Europe – et particulièrement celles qui sont imposées aux pays faibles – ne peuvent qu’entraîner l’Europe dans la récession : «Les conséquences de cette précipitation de l’Europe vers l’austérité seront durables et probablement sévères. Si l’euro survit, ce sera au prix d’un chômage élevé et d’une énorme souffrance, notamment dans les pays en crise.» Il ajoute que «la souffrance que l’Europe, notamment celle des jeunes et des pauvres, est en train de subir, n’est pas nécessaire». «C’est ainsi que le plus grand atout d’une société, son capital humain, est en train d’être gaspillé voire anéanti.» «Il n’est aucun exemple d’une grande économie – et celle d’Europe est la plus grande au monde – qui se redresse grâce à l’austérité.» C’est ainsi que l’illustre économiste va jusqu’à dire que «l’obstination de ses dirigeants dans l’ignorance des leçons du passé est criminelle». De quelles leçons du passé parle-t-il ? Celles des années trente évidemment : voulant à tout prix sauver le mark, l’Allemagne s’engagea à partir de 1930 dans une politique de déflation qui aggrava le chômage et conduisit où on sait. Contrairement à ce qu’on croit, l’euro n’est pas aujourd’hui ce qui sauve la paix en Europe ; bien au contraire, la volonté de le sauver à tout prix la met en péril. Paul Krugman [1], autre Prix Nobel, est à peine plus modéré. Pour lui, la relance de la croissance en Europe est urgente. Elle passe par un minimum d’inflation, surtout en Allemagne et non une austérité renforcée. A la question «Que pensez-vous des programmes de croissance qui sont actuellement débattus au sein de la zone euro ?», il répond : «c’est un pistolet à eau contre un rhinocéros qui charge. Ce sont des choses ridicules et insignifiantes». François Hollande appréciera.
L’Europe, trou noir du monde
Ce n’est pas seulement Stiglitz et Krugman qui regardent avec un œil sévère et angoissé les politiques européennes. C’est le monde entier. Le cycle fou dans lequel l’Europe s’engage : déficit, rigueur, récession, encore plus de déficits, préoccupe le reste de la planète. Le continent européen représente le premier marché mondial. La récession dans le vieux continent signifierait la baisse des ventes pour le reste du monde : déjà l’économie chinoise est au point mort ; Obama, inquiet pour sa réélection, voit avec appréhension la récession européenne annihiler ses efforts de relance. L’Europe est analogue au trou noir de la cosmologie : s’effondrant sur lui-même, l’astre vieillissant, dans son cataclysme, aspire tout ce qui se trouve à proximité. Y a-t-il d’autre solution à ce cycle infernal que la fin de l’expérience de l’euro ? Paul Krugman, qui ne veut sans doute pas désespérer ses interlocuteurs en propose une : que l’Allemagne relance l’inflation chez elle. Le comportement de Mme Merkel prouve qu’on en est loin. Toute l’histoire de l’Allemagne contemporaine montre qu’attendre une politique inflationniste de ce pays est totalement irréaliste. On ne change pas en un tournemain la psychologie des peuples. Si l’euro est en train d’échouer sous nos yeux, c’est précisément parce que le facteur psychologique a été mis entre parenthèses. Avec une incroyable légèreté, on a cru que la mise en commun de la monnaie allait effacer en cinq ou dix ans les particularités nationales. C’est même le contraire qui s’est passé : comme l’application d’un exposant en arithmétique, l’euro a aggravé les divergences ! Un projet fondé sur l’ignorance des réalités, cela s’appelle une utopie. La plupart se sont avérées, d’une manière ou d’une autre, criminelles. C’est précisément ce que Joseph Stiglitz dit de l’euro. C’est pourquoi il est urgent de mettre un terme à l’expérience. [1] Der Spiegel, 23 mai 2012




Très bon billet, Stiglitz est vraiment pertinent, à découvrir absolument pour ceux qui ne connaissent pas ses écrits ! Il est révélateur qu’actuellement, dans les mass-médias, on ne parle que de l’Euro, et non de l’Europe : comme quoi, cette dernière n’a jamais existé en tant qu’entité sociale, culturelle, et politique. Comme si une monnaie unique pouvait participer à la construction d’une identité européenne….
Tout ce processus de tassement rappelle les stades finaux de la vie d’une étoile : ayant brûlé tout son hydrogène, elle a petit à petit constitué en son centre un noyau d’éléments de plus en plus lourds (le boulet) qui par gravité la fait tasser de plus en plus vite. Et puis un jour, boum ! elle explose, et projette dans l’espace les débris de son noyau. L’Europe en est au tassement. Seule solution, s’en déconnecter pendant qu’il est encore temps, couper les liens avec l’Allemagne source de déflation. Fermer les frontières économiques. Reprendre souffle pendant que les autres continuent leur course folle vers le néant. Et quand la Nova explose, laisser passer l’orage, puis reprendre contact avec les pays victimes de l’Allemagne et reconstruire quelque chose avec eux.
Mais le temps presse : la situation n’attendra pas cinq ans.
cette situation est désespérante quand on a un peu de jugeote, ce que nous nous targuons d’avoir. Je me sens assez accablée moi-même. J’ai publié depuis quelques années pas mal de rappels de l’histoire des années trente et de ce à quoi cela à mené, en vain. Je suis entrain de lire (pas que ça) le cheminement de Roosevelt… ils font tout le contraire, à croire qu’ils ne connaissent rien de l’histoire…
Mais Annie, ils ne connaissent déjà pas l’histoire de leur propre pays comment veux tu qu’ils connaissent celle des Etats Uniens
Bonne vacances le long des chateaux
à bientôt
Alain
pareil, ça me désespère, sans parler que mon cdd s’achève fin 2013.
Comment rebondir dans cette période pourrie???
Je cherche, une bulle d’air, une bouée de sauvetage, quelque chose pour me poser ensuite, mais rien.
Je voulais monter une boite, laisse tomber, c’est un bordel, l’état te demande des sous avant d’avoir, toi, encaisser des clients!!!
je ne sais comment sortir de ce marasme ambiant.
alors qu’on voit bien les solutions à prendre.
Mince: 2 Nobel d’éco qui disent « l’euro c’est de la merde!! » et c’est comme pisser dans un violon.
déjà t’as eu un cdd long. il me semble avoir entendu qu’il y a de nombreux cdd de moins d’un mois. Au moins tu as le temps d’y réfléchir, si ce n’est de faire des plans sur la comète, tel un emprunt. Commerce c’est la solution que j’ai prise de temps à autre, je ne te le recommande pas. Je me suis enfoncée « grâce » à ça. Mais au moins j’étais occupée c’est mieux que de déprimer chez soi et d’envoyer des cv qui n’ont jamais de réponse. Ca va donc dépendre de ton âge. Si tu as moins de 50 ans continue à chercher, sinon essayes quelque chose, tel de la consultation qui ne demande pas de stock. Faudrait pas croire que l’emploi fut au top « avant ». Les employeurs Français ont le défaut de ne se fier qu’aux diplômes qu’on a obtenu dans sa jeunesse, la formation permanente ou l’expérience ne compte pas pour eux. Sinon l’intérim.
Pourtant, quand mon fils a postulé en CAE, c’est son parcours qui a primé semble-t-il. Complètement en échec en BEP-CAP, il a bossé en usine, puis réussi à avoir le droit de passer le DAEU, l’avoir, et finir avec pratiquement deux Master II. Atypique, mais intéressant parce qu’il avait subi les pires désagréments. Il a été pris sur 80 postulants. Apparemment, le fait d’avoir bossé « à la dure » en usine a joué.
En revanche, avec une licence obtenue il y a plusieurs années, avec aucun poste derrière, ma belle-fille n’a plus aucune chance. Du moins en tant que diplômée.
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