Peur ou déprime ?

Ce billet est paru sur mon blog Mediapart le 19 avril 2014. Il a reçu, à cette minute, 102 commentaires.

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J’ai le moral dans les talons. Je crois que nous sommes nombreux dans ce cas sur Mediapart, et, j’espère, dans tout le pays. Curieux d’espérer que nous soyons tous pessimistes. Non, réaliste. Par contre nos différences se fait sur le pourquoi et le comment.

Pourquoi. Je ne vais pas vous énumérer ici les politiques du gouvernement Hollande depuis son advenu, il en est question sur tous les médias, dans toutes les têtes, sinon des hors sol qui eux trouveraient tout très bien. Valls empirant par ses annonces et actes futurs ma déprime, et la vôtre.

Je suis déprimée car je me sens totalement impuissante. La déprime n’existe pas quand on voit à l’horizon un avenir s’ouvrant possible, ou, quand on voit par quel bout on peut se battre pour pousser le gouvernement à améliorer sa politique. Là je ne vois rien. Rien du côté des syndicats qui envisagent, éventuellement un 1er mai « fort », et alors ? Les partis ? Qu’avons-nous ? L’UMP trouve que le gouvernement n’y va pas assez fort, le PS est désarmé (volontairement, même si depuis quelques jours leur tête ont l’air de comprendre, enfin, pour quels que-uns d’entre eux), le FN fait table rase du libéralisme qu’il prônait il n’y a pas si longtemps et pique toutes ses idées dans le seul parti qui a l’air d’avoir d’autres idées : le FdG. Bien que je trouve que ce dernier n’ose pas assez dans l’imagination et les mesures nécessaires comme de quitter l’euro le plus tôt possible et nous ouvrir un avenir possible. Notre avenir est fermé, cadenassé.

J’ai eu très peur de me retrouver imposable car j’ai la fameuse niche fiscale attribuée au parent isolé ayant élevé seul un enfant un minimum de 5 ans. Ben non. Je viens de faire ma déclaration pour l’année 2013 : 0 € d’imposition. Je devrais donc sauter de joie. Je ne le peux car mon pouvoir d’achat, par le biais de ma pension de retraite pour laquelle j’ai cotisé 43 ans (dont une partie de chômage) se trouve gelée. Mais l’inflation, faible sans doute, elle, continue de monter. Je ne rentrerai pas plus avant dans les détails pour ne pas vous ennuyer. Malgré tout j’ai en tête ce que vivent : les Grecs, les Espagnols, les Portugais, les Italiens pour bientôt, les prochains sont les Français. Les trois premiers peuples vivent l’horreur. Nous y allons avec certitude. Vais-je me retrouver à ne plus pouvoir payer mon loyer et risquer ainsi d’être à la rue ? à 72 ans ça fout la trouille. Je l’ai déjà vécu entre 59 et 62 ans, j’étais encore pleine d’allant.

Comment. En 2005 j’étais monté sur une extrade pour demander à être imposable. Mon idée est que, nous, non imposable, pourrions contribuer, même par une faible somme, genre 20 €/an, à la répartition de la dépense nationale. Je ne l’ai lu nulle part de la part des économistes tant Atterrés que Piketty. Mon raisonnement se base sur nos acquis sociaux. Ils coulent. Ma demande d’être imposable se plaçait dans le cadre que les sociétés payent leurs impôts dus sans la fameuse optimisation. Que ces mêmes entreprises payent leurs cotisations sociales dues sans remise de l’état (donc moi). Je n’ai absolument aucune envie de payer à la place des « riches », mais juste d’avoir une contribution dans la juste répartition des dépenses nationales : la plus grosse part pour les « riches » et une part proportionnelle pour les « pauvres ».

Mais nous sommes en cours que les pauvres payent et les riches non. Et ça, m’est insupportable. Et je me sens tellement impuissante d’aller contre.

Certains protestent en votant pour le parti qu’ils croient avoir toujours été hors du jeu : le FN. Ils se trompent : ce parti existe depuis les années 50. Juste il a changé de génération et de genre : une femme, la fille de son père, et héritière du parti et d’une fortune. Chez eux c’est héréditaire, comme l’est la royauté. Est-ce à cela que les Français rêvent ? une royauté ? Mais dans une royauté le successeur pense à ses héritiers et ne veut pas laisser le royaume en piètre état. Le cas de l’héritage FN est tout autre : avoir le pouvoir. Comme tout autre finalement. Donc rien d’extraordinaire. En Grèce Aube doré a maintenant des places dans l’Assemblée nationale. En Hongrie les mêmes sont au pouvoir ou proche. L’Europe ne s’émeut de rien. Aurais-je du intituler mon billet « peur » ?

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4 réactions à Peur ou déprime ?

  1. partageux a écrit:

    « Je suis déprimée car je me sens totalement impuissante. »

    On est un sacré paquet à se sentir impuissants. On est aussi très nombreux à se sentir seuls… Notre faiblesse, c’est de ne pas oser nous lancer. Notre faiblesse, comme tu le soulignes, c’est la timidité de nos organisations.

    J’ai un collègue qui me dit toujours que nous marchons sur les pas de l’Espagne qu’il connaît bien… Ça donne pas le moral. ;o)

    Bon, il nous faut nous décider à tailler dans le vif. Tuons les décideurs ! C’est facile. Suffit de choisir le bulletin de vote ad hoc. T’aurais vu la gueule de mes fauxcialistes déconfits au soir du deuxième tour : des têtes d’enterrement.

  2. Annie Stasse a écrit:

    ah bon ! pas que moi. Des FdG aussi ressentent ça ?
    J’ai écouté cette semaine une longue émission sur France-culture à l’occasion de l’anniversaire de 1974 au Portugal.
    Ils rappelaient les manifs de 2012 et 2013. Actuellement plus personne ne bouge : ils se suicident.
    Cette émission était terrible car là nous avions des Portugais qui parlent couramment le français pour cause ex-émigrés. C’est très différent de ce qu’on entend des Grecs qui est une deuxième main.

    Finalement il est reproché à méluche son « exubérance ». Il est trop sage.

  3. partageux a écrit:

    « Finalement il est reproché à méluche son « exubérance ». Il est trop sage. »

    En une ligne tu résumes de longues analyses fouillées. On reproche à Mélenchon d’être excessif quand il faudrait renverser la table.

    Tu connais l’importance des symboles. Imaginons Mélenchon donner le premier coup de pied de biche exactement comme on pose la première pierre. Je crois bien que ses détracteurs ne lui reprocheraient même plus d’être excessif… Parce qu’on sortirait complètement du (demi) consensus où l’on accepte la compétition d’une campagne électorale et ses résultats. Ouvrir une porte de force c’est dire : on n’attend pas les résultats électoraux pour reloger des gens à la rue et pour employer utilement des bâtiments vides. Un aspect induit est que le pied de biche aurait aussi des résultats immédiats dans les urnes.

    • Annie Stasse a écrit:

      Et comme je t’approuve je vais faire passer le message sur Mediapart où est une cohorte de FdG et fidèles de JLM. Dans le plus récent je vient d’écrire qu’il fallait « le pousser au cul ».
      J’affiche déjà depuis un moment que je suis pour la sortie de l’euro depuis longtemps et que je regrette…… impossible à écrire en commentaire sur son blog, car le chien de garde peut censurer.

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