L’origine de notre guerre au Mali

Dans un premier temps, le 13 janvier avant d’avoir lu quoique ce soit sur quelques positions politiques de la gauche voilà mon état d’esprit spontané :

Je suis pour le moins extrêmement partagée dans cette affaire. On nous passe sur les médias les soulagements de Maliens pour cette intervention. Où est la propagande où est la vérité ? Simple Citoyen j’ai du mal à distinguer (je sais mieux distinguer ces mêmes genres de propos en économie).

Et la revendication des Touaregs ? Je la connais depuis un bail, mais n’en connais pas tous les aboutissants. Elle ne concerne pas que le Mali, mais aussi l’Algérie et tous les pays frontières du Sahara. En Algérie par ex. Ils réclamaient à ne pas appliquer l’obligation de parler arabe… et une autonomie de gestion.

Je suis sûre par ailleurs que la guerre de Libye a alimenté tous les trafics d’armes. Par milliers.

Qu’est-ce qui nous « promet » que la France va pas se retrouver engluer pour des années ? Qu’elle va taper où il faut pour les intérêts des Maliens ? en fait là je suis sûre qu’elle a son intérêt d’influence et d’économie : les métaux, l’uranium sont présents là, et la France ne peut vivre sans.

Il faut donc que la France soit dans un groupement de contrôle international.

De plus l’économie internationale est en cours de se déplacer vers l’Afrique. Ce ne sera plus la Chine notre « diable », mais l’Afrique : taux de croissance, taux de naissance et démographique. Les salaires n’y seront pas de 100 €/mois mais bien moins, les prochaines industries seront là.

Puis, quelques heures plus tard j’appris que le PCF avait pris une position similaire. Malgré tout avant d’en écrire un billet sur ce blog j’attendis plus d’infos. Enfin je lu cet article sur Mediapart par Thomas Cantaloube qui confirme ma première impression, et surtout la situe dans le temps de l’état malien :

Derrière la façade avenante du président ATT, celui-ci n’avait pas su (ou pas voulu) s’attaquer à l’un des principaux problèmes de la moitié Nord du pays, à savoir la question touarègue. Le gouvernement malien, depuis plusieurs décennies, a toujours opté pour un mélange de désintérêt et de répression vis-à-vis des populations vivant dans la partie la plus rude du pays. D’un côté, il y avait un manque d’infrastructures, de reconnaissance des spécificités culturelles et de représentation politique, de l’autre des opérations armées contre les opposants et des déplacements de population forcés, le tout ayant provoqué des centaines de morts pendant la dernière décennie.

(…) quand les rebelles du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), alliés à d’autres militants touaregs plus islamisés, Ansar Dine, ont entrepris en janvier 2012 de déloger les représentants de Bamako en réclamant l’indépendance, une partie de la population du Nord a soutenu ce mouvement.

Dans la capitale au Sud, les derniers mois du président ATT (il devait passer le relais lors d’élections en avril 2012) avaient vu les tensions politiques s’aviver. Ce dernier avait en effet gouverné pendant dix ans grâce à son prestige personnel, en se plaçant au-dessus des partis. Mais, dans la perspective de sa succession, les partis s’étaient réveillés et jouaient des coudes, créant, d’après un diplomate français qui était sur place à l’époque, « un climat malsain ».

La rébellion touarègue et une ambiance politique tendue ont donc précipité le coup d’État militaire du 22 mars 2012 et le départ d’ATT. Depuis, malgré les pressions des États voisins de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédeao) et des pays occidentaux, aucune unité politique n’est parvenue à émerger. Le président de l’Assemblée nationale devenu président du pays par intérim, Dioncounda Traoré, est agressé dans son bureau le 21 mai par une foule favorable aux putschistes. Il va se faire soigner en France où il reste deux mois « visiblement choqué et peu désireux de rentrer », (…)

Pendant ce temps, le premier ministre Cheickh Modibo Diarra, ancien de la NASA et patron de Microsoft Afrique, peine à asseoir la légitimité politique de son gouvernement de technocrates. « Il semble déconnecté des réalités politiques sur le terrain et ne sait pas comment négocier avec les différentes forces partisanes pour les amener à former un vrai gouvernement d’unité nationale », expliquait à l’automne 2012 un ambassadeur européen. Du coup, quand il est débarqué par les militaires putschistes en décembre 2012, personne ne s’insurge et les chancelleries européennes poussent presque un soupir de soulagement, en dépit du fait qu’il faut pour ainsi dire recommencer à zéro le rassemblement politique jugé nécessaire. Bamako ressemble aujourd’hui à une coquille vide, politiquement parlant.

(…) L’armée malienne a doublement précipité la situation actuelle : par son incompétence et par le manque de sens politique des officiers putschistes. Ce sont en effet les soldats qui reculent face aux rebelles en janvier et février 2012 : lorsqu’ils se battent, ils subissent des pertes importantes, et lorsqu’ils battent en retraite, c’est la débandade. Une partie importante des officiers dans le Nord sont des Touaregs qui, plutôt que de combattre leurs « frères », choisissent de les rejoindre avec leurs armes et leur équipement.

Les jeunes officiers de l’armée se sentent humiliés par cet abandon d’une partie de leur territoire :(…)Ils savent également qu’une part non négligeable de la hiérarchie supérieure de l’armée est corrompue par l’argent des trafiquants de drogue en provenance de Guinée-Bissau, le point d’entrée de la cocaïne sud-américaine en Afrique à destination de l’Europe.

(…)un capitaine, Amadou Haya Sanogo, qui prenne la tête des militaires putschistes et se fasse proclamer chef de l’État le 22 mars 2012. (…) Mais pendant que les militaires règlent leurs comptes à Bamako, les rebelles touaregs alliés à des groupes islamistes prennent le contrôle intégral de toute la partie Nord du pays. L’armée malienne a ainsi facilité ce qu’elle disait vouloir éviter.

(…)Le point de départ de toute cette affaire malienne, ce sont les rebelles touaregs du MNLA, un mouvement laïque et nationaliste, qui bénéficie du retour au bercail de nombreux soldats qui avaient intégré les rangs de l’armée de Kadhafi en Libye. (…) Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) qui trouve ses origines dans le conflit entre les islamistes et le gouvernement algérien, et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), une scission d’AQMI qui est essentiellement composée de trafiquants – « Ce sont avant tout des mafieux », note un diplomate français. Outre l’armement récupéré lors de l’effondrement de la Libye, tous ces groupes se financent à des degrés divers grâce aux trafics illicites transitant par le Sahel (drogues, migrants, essence…) et aux enlèvements d’étrangers mais aussi de locaux.

(…)

Un pouvoir central morcelé et affaibli, une armée nationale dépassée et des armées « amies » voisines pas forcément plus aguerries, un territoire immense, divisé en deux et très peu peuplé dans sa partie Nord, des groupes armés disparates, une ancienne puissance coloniale vers qui tous les regards se tournent… On a là tous les éléments d’un État en faillite, dans lequel les interventions tournent souvent au bourbier. La France entend « sauver le soldat Mali », pas sûr que celui-ci ait encore la force de tendre la main.

carte Afrique Ouest

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5 réactions à L’origine de notre guerre au Mali

  1. emzophone a écrit:

    Ah, c’est beau la guerre, avec ces médias qui nous inondent de propos rassurants sur les frappes aériennes de nos magnifiques mirages 2000, avec photos en couleur de ces machines de mort ( le père Dassault doit être aux anges ), des frappes qui sont chirurgicales, chi-rur-gi-cales, oui, puisqu’on vous le dit ! Nos valeureux pilotes devraient aller voir le résultat au sol, mais je suppose qu’ils n’apprécient pas les barbecues. Voir également : http://blog.mondediplo.net/2013-01-14-Mali-questions-sur-une-intervention

  2. Annie a écrit:

    je trouve là aussi une raison supplémentaire pour légaliser le cannabis en France (et ailleurs) ; si la France le cultive et le distribue les trafics se dégonfleraient pas seulement dans nos banlieues.

  3. Annie a écrit:

    ma toute première réaction, que j’ai omise d’écrire dans l’article, fut : rien de mieux pour relancer l’économie capitaliste qu’une guerre.

  4. emzophone a écrit:

    Tout à fait d’accord, les entreprises américaines qui fabriquent des armes, notamment pour le Pentagone, sont en pleine expansion depuis 2001, et pour certaines, on parle de croissance à 2 chiffres !

  5. Pingback:Cartes de l’Afrique de l’Ouest - Pensée Libre

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