Mélenchon le plébéien de Alemagna et Alliès

Jean-Luc Mélenchon: la République, la laïcité et la franc-maçonnerie

le 18 janvier 2012 | Par La rédaction de Mediapart

Il est l’un de ceux, l’un de ces très rares candidats, qui peut faire dérailler le scénario trop bien huilé de la campagne présidentielle. Jean-Luc Mélenchon est un « plébéien », un tribun du peuple et de cette plèbe qui, sous la Rome antique, faisait et défaisait les pouvoirs : la formule est de Stéphane Alliès, que les lecteurs de Mediapart connaissent bien puisqu’il suit depuis notre lancement, en mars 2008, les aventures de la gauche, et de notre confrère de Libération, Lilian Alemagna.

melenchon plebeien
Les deux journalistes publient ce 19 janvier une biographie extrêmement fouillée du candidat du Front de gauche à la présidentielle. On croyait connaître l’homme, son tempérament éruptif, ses qualités de tribun, ses exaspérations à l’encontre du parti socialiste qu’il a quitté en novembre 2008, ses habiletés manÅ“uvrières et ses inébranlables convictions.

Nous découvrons un personnage beaucoup plus complexe et un long itinéraire politique où quarante années de militantisme incessant se distinguent par quelques fortes cohérences. Chaque lecteur jugera de la pertinence des choix politiques. Mais une ligne continue se dessine, du jeune étudiant de Besançon engagé au sein du parti trotskyste de l’OCI à celui qui ose quitter le PS pour créer le parti de gauche puis s’engager dans de complexes négociations avec le PCF pour réussir ce qui avait échoué à le veille de 2007 : une candidature unique de la gauche radicale.

Chaque étape de cette vie militante est méticuleusement décrite. Elle est aussi soigneusement sourcée, explicitée par ses proches, par ses adversaires, par ceux qui l’ont rejoint ou quitté. De ce point de vue, à l’heure où le journalisme politique a cette fâcheuse tendance à se nourrir de propos « off » d’anonymes, Mélenchon le plébéien fait la démonstration qu’une enquête rigoureuse, où chaque source est identifiée, reste évidemment possible.

Jean-Luc Mélenchon est donc candidat à la présidentielle. La réalisation d’un rêve, d’une ambition et d’un projet politique. Car l’homme du socialisme, de l’engagement déterminé, l’homme qui a tant aimé le PS pour s’y engloutir en d’innombrables manÅ“uvres d’appareil, a un rapport tout particulier avec les institutions de la Ve République. Il les critique volontiers, mais il s’y trouve tellement à l’aise… Le président Mitterrand reste intouchable, son bilan presque indiscutable. Elu en 1986 plus jeune sénateur de la République, Jean-Luc Mélenchon ne goûte pas spécialement les ors de la République. Mais il en adore les fonctions et vit déjà comme une sorte d’apothéose sa nomination par Lionel Jospin au poste de ministre délégué à l’enseignement professionnel, en 2000.

La politique est une interminable lutte d’appareil… Les lecteurs friands de ce type d’exercice découvriront les longues années passées en Essonne, la conquête de la fédération, l’alliance de quinze ans avec Julien Dray, puis les batailles de courants, de sous-courants, de motions et de congrès… L’intérêt de l’ouvrage est d’en délivrer le sens politique. Oui, Jean-Luc Mélenchon est un redoutable homme d’appareil mais il ne peut lui être dénié de solides convictions et des positions politiques ardemment défendues. L’appareil, ce sont aussi les militants et leur formation idéologique et politique : le candidat s’y est employé et le succès de son parti de gauche, promis à l’immédiate disparition par de nombreux observateurs, doit beaucoup à cette fonction « d’école républicaine ».

La République… mais aussi Jaurès, la laïcité, la liberté, l’égalité. C’est aux sources de ce socialisme historique que se construit le « mélenchonisme ». C’est pourquoi nous avons choisi de publier les extraits qui suivent. Pour la première fois, Jean-Luc Mélenchon reconnaît sans détour son appartenance à la franc-maçonnerie. Il s’en explique, raconte ce qu’il y trouve, le « fil d’or », la « profondeur des temps », le souffle de l’histoire. La République et l’« Eglise de la République, la franc-maçonnerie » : explications ci-dessous avec ces extraits de Mélenchon le plébéien.
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Frère Jean-Luc

Jean-Luc Mélenchon a une « patrie » : « la République ». Il a aussi un ADN politique : « la philosophie des Lumières ». Avant d’être marxiste, le socialiste est d’abord un homme marqué par 1789. « La grande Révolution », comme il la nomme. C’est la source de toute son action politique depuis plus de quarante ans. Quelle idée a eue la jeune Martine de prendre cette Histoire de la Révolution française d’Adolphe Thiers dans la bibliothèque de son père à Lons-le-Saunier, pour l’offrir au jeune Jean-Luc !

Mis à part peut-être dans ses premières années de militant trotskyste à Besançon, toutes les références, analyses et positionnements du futur candidat Front de gauche à la présidentielle sont structurés par les écrits et idées de Voltaire, Rousseau, Condorcet… Les Lumières avant le socialisme et, aujourd’hui, l’écologie politique. « Ce ne sont pas des couches qui viennent se superposer. C’est un tout », explique Mélenchon.

Le rapport de Jean-Luc Mélenchon à la République est profond, intime. « La République nous appelle, écrit-il en introduction de l’ouvrage Causes républicaines (Paris, Seuil, 2004, p. 7). Elle nous parle dans ce cas au cœur autant qu’à la raison sitôt qu’on a appris à reconnaître sa musique singulière dans le bruit des événements politiques. » Pour l’ancien trotskyste, bercé par La Marseillaise depuis son enfance au Maroc, « la République est un idéal global, et peut-être aussi une esthétique, avant même une institution politique[2] ». Un idéal qui « donne aussi les moyens de construire une norme de vie personnelle en cohérence avec son projet politique ». « C’est ma mystique à moi, dit-il aujourd’hui. Certains croient au peuple élu, je peux bien croire au système élu, non ? »

Pour Mélenchon, la France est universelle. Parce qu’elle a fait 1789 : « La première fois qu’on fait une révolution pas pour des droits nationaux mais universels. Le mouvement vient de loin, de profond. » Parce qu’elle « est une construction purement politique : elle n’est soudée ni par une appartenance ethnique, ni par une religion, ni par une couleur de peau. Elle est tout entière le fruit d’un pacte civil », celui de la Révolution française. « La formule française est magique », admire-t-il, « un républicain conséquent ne croit pas qu’on puisse faire la France dans un seul pays ».

La République est devenue la « patrie » d’un Jean-Luc Mélenchon « sans terre » depuis son départ du Maroc à l’âge de 11 ans. C’est aussi, pour ce laïc intransigeant, presque fondamentaliste, une vraie religion qu’il pratique au sein de l’« Église de la République » (expression empruntée à Pierre Chevallier, Histoire de la franc-maçonnerie française, Fayard, 1993) : la franc-maçonnerie.

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4 Arguments Mélenchon le plébéien de Alemagna et Alliès

  1. Annie says:

    voilà je vous avais promis un billet sur sa franc maçonnerie.
    si on vise une longue période historique (comme pour le PS) c’est mieux d’être proprio de son « enseigne ». Front national ayant été repris de « plein droit » par la famille Le Pen alors qu’il était communiste et résistant.

  2. En tous cas lui il n’a pas bénéficié d’un héritage douteux

  3. babelouest says:

    Et parce que la gauche est le mouvement des idées universelles, le Front de Gauche est tout naturellement l’antithèse absolue du FN, bassement, honteusement, misérablement replié sur des frontières parfaitement arbitraires, et qui ont varié avec les siècles. Et qui se révèlent admirablement poreuses pour les capitaux des amis de l’homme de Saint Cloud.

    Mélenchon a cette différence avec moi (au hasard), qu’il a besoin comme la plupart des gens d’une chapelle pour non pas se couper du monde, mais pour réfléchir de temps en temps, et prendre du recul. Cette chapelle, pour lui, est la franc-maçonnerie. Ce n’est certainement pas un mauvais choix.

    Je parle de différence parce que, majeur et libéré des obligations militaires, j’ai rejeté tous les enseignements religieux hérités de mes ancêtres vendéens et huguenots (beau mélange) pour devenir anarchiste, c’est-à-dire sans maître à penser. Voilà le mot : penser par soi-même, quitte parfois à se tromper, mais ne chercher nulle part qu’en soit la responsabilité de l’erreur.

    Mélenchon est estimable parce qu’il a milité, cherché, trouvé, enseigné, ce qui est la meilleure façon d’apprendre. Je ne crois pas en lui, puisque je ne crois en rien ni personne, mais j’ai posé l’hypothèse que c’était lui le plus adéquat dans le contexte actuel. Cette hypothèse semble se vérifier de mieux en mieux, face à la débâcle des autres candidats à la présidence.

    Au hasard ici, ou encore là . Bof.

  4. Annie says:

    je vois que tu « cours » le net. Je le cours aussi mais sur des sites plus « communs » pour lire les commentaires des « tout le monde ». Donc on ne me voit plus sur les blogs… pas le temps. On fait comme on peut avec les PC. Bayrou drague la droite et y réussit chacun son camp, ce que Hollande courerait aussi donc… bof!

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