Lettre de Marwan Barghouti, Palestinien, en hommage à Nelson Mandela

Vous êtes bien plus qu’une inspiration », écrit Marwan Barghouthi, le « Mandela palestinien », derrière les barreaux depuis 11 ans, à « Madiba », dans un texte signé de la cellule 28 de sa prison. Nous publions la lettre.

« Durant toutes les longues années de mon combat, j’ai eu l’occasion à maintes reprises de penser à vous, cher Nelson Mandela. Et encore plus depuis ma propre arrestation, en 2002. Je songe à un homme qui a passé vingt-sept ans dans une cellule, en s’efforçant de démontrer que la liberté était en lui avant qu’elle ne devienne une réalité dont son peuple allait s’emparer. Je songe à sa capacité à défier l’oppression et l’apartheid, mais aussi à rejeter la haine et à placer la justice au-dessus de la vengeance. »

Combien de fois avez-vous douté de la victoire au bout de ce combat ? Combien de fois vous êtes-vous demandé vous-même si la justice pourrait s’imposer ? Combien de fois vous êtes-vous interrogé sur le silence du monde ? Combien de fois vous êtes-vous demandé si votre ennemi n’allait jamais pouvoir devenir votre partenaire ? À la fin, vous ferez la preuve de cette volonté implacable qui fera de votre nom, l’une des plus brillantes références pour la liberté.Marwan Barghouti

Vous êtes beaucoup plus qu’une inspiration. Vous aviez bien compris, le jour où vous êtes sorti de prison, que vous n’étiez pas seulement en train d’écrire l’histoire, mais que vous contribuiez au triomphe de la lumière sur la nuit. Et vous êtes alors resté humble. Et vous portiez une promesse bien au-delà des frontières de votre pays, la promesse que l’oppression et l’injustice seront vaincues, et que sera ouverte la voie de la liberté et de la paix. Au fond de ma cellule, je me rappelle sans cesse cette démarche, et je poursuis moi-même cette quête, et tous les sacrifices deviennent supportables dans la seule perspective qu’un jour, le peuple palestinien puisse accéder aussi à la liberté, à l’indépendance, et que ce pays puisse vivre finalement en paix.

Vous êtes devenu une icône. Ce qui a permis l’éclat de votre cause et son rayonnement sur la scène internationale. L’universalité pour contrer l’isolation. Vous êtes devenu un symbole pour tous ceux qui croient que les valeurs universelles sur lesquelles vous fondiez votre combat pouvaient rassembler, mobiliser, pousser à l’action. L’unité est la loi de la victoire pour les peuples opprimés. La cellule exiguë et les heures de travail forcé, la solitude et l’obscurité ne vous auront pas empêché de regarder au-delà de l’horizon et de faire partager votre vision. Votre pays est devenu un phare et nous, les Palestiniens, nous hissons les voiles pour atteindre ses rivages.

Vous disiez : « Nous savons trop bien que notre liberté n’est pas complète car il lui manque la liberté des Palestiniens. » Et depuis l’intérieur de  ma cellule, je vous dis que notre liberté semble possible parce que vous avez atteint la vôtre. L’apartheid n’a pas survécu en Afrique du Sud et l’apartheid ne survivra pas en Palestine. Nous avons eu le grand privilège d’accueillir, en Palestine, il y a quelques mois, votre camarade et compagnon de lutte, Ahmed Kathrada, qui a lancé, à la suite de sa visite, la campagne internationale pour la libération des prisonniers palestiniens de leurs cellules, où une part importante de l’histoire universelle s’écrit, démontrant que les liens avec vos combats sont éternels.

Votre capacité à constituer une figure unificatrice et à conduire le mouvement depuis l’intérieur de la prison, d’être confiant dans l’avenir de votre peuple alors que vous étiez vous-même privé de la capacité de choisir votre destin, constitue la marque d’un dirigeant exceptionnel et d’une véritable figure historique. Je salue le combattant de la liberté, le négociateur et faiseur de paix, le commandant militaire et l’inspirateur de la résistance pacifique, le militant infatigable et l’homme d’État.

Vous avez dédié votre vie à la cause de la liberté et de la dignité, de la justice et de la réconciliation, de la paix et de la coexistence. Beaucoup maintenant honorent votre lutte dans leurs discours. En Palestine, nous promettons de poursuivre le combat pour nos valeurs communes, et d’honorer votre combat pas seulement par des mots, mais aussi en dédiant nos vies aux mêmes objectifs. La liberté, cher Madiba, l’emportera, et vous y avez contribué au plus haut point en faisant de cette idée, une certitude. Reposez en paix et Dieu bénisse votre âme insoumis.

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Marwan Barghouti, 55 ans, est emprisonné depuis 11 ans en Israël. En 2002, les services secrets et l’armée israélienne le capturent à Ramallah. Son crime ? S’être battu pour la liberté de son peuple, avoir refusé que le peuple palestinien vive courbé sous le poids de l’occupation illégale des territoires palestiniens par l’armée et les colons israéliens.

Longtemps dirigeant du Fatah, le principal mouvement palestinien, il est élu député au Corps législatif palestinien en 1996 et réélu en 2006, malgré son emprisonnement. Dès son élection comme député, il défend devant le Parlement palestinien, la nécessité d’une négociation avec l’Etat d’Israël dans le cadre d’un processus de paix.

Mais face à la violence de l’Etat d’Israël, il participe, avec son peuple aux luttes de résistance, à l’Intifada.

C’est ce qui lui vaut son arrestation en 2002. Au terme de deux ans de procès, il est condamné à cinq peines de prison à vie, et à une peine de haute sécurité de 40 ans.

En 2006, de sa prison israélienne, il initie le Document des prisonniers palestiniens, considéré comme le socle incontournable sur lequel doit se construire un gouvernement d’unité nationale. Il est aujourd’hui en Palestine le leader palestinien le plus populaire.

Son emprisonnement et la dureté des peines qui lui sont infligées n’entament pas sa détermination.

De par sa vie politique, son engagement, ses écrits, son action et sa popularité, Marwan Barghouti est incontestablement un partenaire sérieux et légitime pour la paix : sa libération répond pleinement à l’exigence de justice, de liberté et de paix dont ont besoin les peuples du Proche-Orient.

Confiant dans l’avenir, inlassablement, Marwan Barghouti aime à répéter : «  On peut battre un groupe, une armée, un leader mais pas un peuple ! ».

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2 réactions à Lettre de Marwan Barghouti, Palestinien, en hommage à Nelson Mandela

  1. Soum a écrit:

    Cette guerre n’est pas près de s’arrêtée d’autant plus que ce conflit entre Israël et la Palestine revêt des divers aspect, notamment un aspect religieux indéniable, ce qui fait que ce conflit s’exporte à l’étranger de par les attachement communautaire et religieux des uns et des autres.

    La solution à mon sens serait de faire un seul état sur cette terre, un état purement laïc et démocrate qui permettent à tous de vivre ensemble sur la même terre, avec les mêmes droits et devoirs de citoyen d’un même pays.

    Je souhaiterais vivement pouvoir entrer en contact avec Annie l’auteure de ce blog, je ne trouve aucun lien de contact. Comment faire ?
    Merci.

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