Cet homme, chargé dans les bras et qui lui bouche la vue d’un machin gros, lourd et noir que je pense être une télé, a le pied qui bute et chute. Ses cheveux sont gris.
Je m’approche pour l’aider à se relever et j’identifie l’encombrant c’est un four à micro ondes (voilà le genre de truc qui encombre les petites cuisines et que je n’ai pas chez moi, ça ramollie tout ce que ça chauffe). Puis instantanément je comprends qu’il a un coup de trop dans l’aile. Serait-il alcoolique ? il est autour de 14 heures.
Je commence par le conduire au banc le plus proche, puis rapporte le four que je pose entre nous. Et je lui pose un tas de questions. Je m’en excuse souvent de toutes les questions que je pose aux gens… ils peuvent ne pas répondre… c’est ma curiosité insatiable dont je ne me guérirai jamais.
Les questions sont : combien et quoi avez vous bu ce jour, quand avez-vous commencé, et hier ? Il me répond gentiment. Mes questions n’ont pas un ton inquisitorial mais d’informations. D’après lui il a bu peu : 1 litre de rosé vers 11 heures du matin, hier il avait bu le soir (j’ai pas demandé le reste de la journée il avait du mal à parler) 1 ou 2 litres de rouge… il faut 24 heures pour redevenir à jeun, il a l’air de le savoir, mais son esprit n’est pas clair. Il se vante vite qu’il a arrêté 6 ans. Je le crois bien sûr. Il est en ménage avec une femme qui boit aussi. Je commente que ce n’est bon ni pour l’un ni pour l’autre d’être ensemble. Il a 57 ans, il est surpris par mon âge.
Sur ce nous interrompt et commence à répondre à sa place une femme à qui
est destiné le four. Je lui fais remarquer que ce n’est pas à elle que je pose les questions, elle m’ennuie et même plus que ça, je voulais un échange avec cet homme. Je lui dis vite que l’alcool je connais, c’est à cause de lui que j’ai frôlé la catastrophe dans ma vie, un homme… Non moi je n’ai jamais bu (s’entend « trop », car je bois mon 5 à 8 cl de rouge chaque jour et une bière de temps à autre, le pack doit « me faire » plusieurs semaines, quant au 5 l de vin ça doit être largement plus d’un mois). Il n’arrêtera pas de me proposer d’aller boire un café dans un bar, je refuserai, je connais trop quelle suite ça pourrait avoir de sa part, pour lui ce ne serait pas un café malgré ses dénégations. Habituellement ils disent plutôt « j’ai soif« , ce qui est vrai.
Il me dit avoir commencé jeune, alors je lui demande si son père buvait, oui. Sa fille lui a dit qu’il finirait sdf. S’il a besoin de me le dire vite comme ça, c’est que c’est un drame pour lui. Il a mal à sa fille. J’aurais bien parlé plus de la fille, mais la bonne femme coupe sans cesse. Elle est obèse. Elle commence à dire que les alcooliques sont des vicieux… j’explique, dans des termes que j’essaye simples, que nous ne sommes pas égaux devant l’alcool, les alcooliques ont des récepteurs dans le cerveau qui transforme l’alcool en « morphine » – pour faire simple – que ça leur fait le même effet que s’ils se piquaient. Elle écoute pas et répète qu’ils ont le vice dans le sang. Alors je lui dis « et vous vous êtes obèse, vous l’êtes aussi…« .
Je les emmène en voiture où ils ont besoin d’aller. Je continue quelques questions. Cet homme n’a rien. Il loge chez sa copine. Je lui intime et demande de promettre de voir une assistante sociale d’urgence et un médecin, qu’il a droit à un logement et au RSA. Je demande à la bonne femme, que finalement je juge méchante, elle s’en fout de lui, et lui il est gentil… un peu maso je pense, de veiller à ce qu’il le fasse…
On ne peut pas grand chose pour les alcooliques. Et ces gens qui les jugent et qui ne veulent rien entendre, que c’est d’abord une maladie, et elle détruit tout, la vie des malades et leur entourage. Quelle souffrance à cause de cette drogue dure, libre d’accès et peu chère.
Quant à ceux qui ont des droits et ne demandent rien… ils sont légions.
Nota : J’ai cherché les sites intéressants sur le net je n’en n’ai pas trouvé qui traite des effets chimiques de l’alcool sur le cerveau, en particulier Wikipedia n’a aucun intérêt, autant aller visiter les sites spécialisés pour l’aide tels : les alcooliques anonymes, ou tempérance, j’ai mis le forum atoute en lien dans l’article. Rappel Bush junior le fut.




Il y a une myriade façon d’arrêter l’alcool. J’ai lu l’histoire d’un gars qui va courir quand il a soif. Au début il faisait 25 kilomètres tous les jours… Il en fait un peu moins maintenant mais continue à courir. Courir vraiment et pas faire de la petite foulée qui te tue son homme aussi sûrement qu’Olivier Ferrand ou le pape américain du jogging.
Un gars de mon entourage va papoter avec d’autres ex-alcoolos. Tous les jours ou presque depuis plus de quinze ans. Qu’il soit chez lui ou bien à l’étranger. Je pense qu’il connaît des AA dans quinze ou vingt pays…
Tu as raison de souligner que l’entourage est très important. Il peut aider ou bien enfoncer plus encore…
la première chose serait qu’ils/elles soient motivés à arrêter, mais ce n’est pas si simple. Après, en général les cures en hôpital psy ne donnent rien et ne sont pas du tout adapté, souvent ils sont enfermés, sauf exception, comme en prison, alors qu’ils sont là volontairement. Une thérapie est indispensable, l’échange avec d’autres comme soi je trouve ça pas mal, l’effort physique pourquoi pas, chacun son truc, mais faudrait pas abuser non plus !
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Où commence la thérapie , elle fini quand? (bref comment la choisir quoi?)
ok