La candidature de Jean-Pierre Chevènement pour 2012

Jean-Pierre Chevènement

Hier soir sur la 2 nous avons eu droit à l’annonce officielle de la candidature de Jean-Pierre Chevènement. Qu’en penser ?

Alors je me souviens de mon propre parcours. En quittant le PSU fin années 70, à l’élection de Mitterrand j’ai rallié le PS, mais pas n’importe quel PS, le CERES. C’était Chevènement qui en était un des initiateurs. J’avais été en totale divergence avec Rocard quand il s’était rallié dès 1972 au PS.

Puis Chevènement créa le mouvement socialisme et république en 1986 et je le quittais à cette occasion, ne comprenant pas la démarche de ce mouvement.

Dans ses actes au gouvernement socialiste en tant que ministre j’étais pour l’essentiel en accord avec ses actes. C’est en 92 que j’ai divergé. Le traité de Maastricht. Je fus crédule. J’espérais en l’Europe. Je n’avais pas compris que c’était celle des marchés. Je le compris pleinement en 2004/2005. Juste en lisant le traité qu’on nous proposait. Et je reste persuadé que si plus de Français l’avaient lu le NON aurait eu encore plus de voix.

Il fut accusé de tous les maux en 2002. Jospin et ses co-acteurs ne se remirent jamais en question. Il est toujours plus facile d’accuser l’autre de tous les maux. Orgueil quand tu nous tiens. Et le Parti socialiste, faute d’une réflexion réelle sur le social-libéralisme rallié années 80 est le principal coupable de la montée du FN. Ce parti commença à avoir de l’audience au même moment. Le Parti socialiste ne fit, et ne fait toujours pas d’analyse de ses erreurs qui mènent la France dans le mur avec constance, détruisant son industrie et toute la classe ouvrière qui s’est trouvé disloquée, sans plus aucun soutien, le PC ayant amorcé sa propre chute en même temps que celle de l’URSS depuis les années 80.

En se ralliant au traité de Lisbonne, le PS montra qu’il n’avait aucune divergence avec les partis de droite au pouvoir. Le citoyen ne s’y retrouvant pas proteste viscéralement en se ralliant au FN, le seul qu’il pense différent de toute une classe politique qui a décidé de mener une politique sans plus jamais écouter le peuple, déjà en 2005 « le peuple a tord il faut changer de peuple » disait-on.

L’Europe n’est pas démocratique. Ce sont des technocrates qui décident, des nommés qui dirigent la BCE qui décide des politiques économiques pour toute l’Europe sans jamais demander son avis au peuple. Récemment ce fut comique d’entendre Sarkozy et Merkel scandalisés par l’idée de la démocratie.

Voilà donc que ce matin je vais jeter un oeil sur le site de Chevènement. Je découvre sa page sur facebook, je lis des commentaires d’insultes à son encontre, j’écris donc :

avec vous j’étais dans la gauche du PS (ceres), je l’ai quitté en déc. 2005, j’ai rejoins le PG en octobre 2010. Bravo pour votre candidature. Si Jospin avait été à la hauteur nous n’aurions pas eu 2002. Hollande n’a pas de différence avec Sarkozy sinon des paroles.

Je n’avais pas consulté la position du Front de Gauche ni du Parti de Gauche concernant cette candidature. Je me dis que peut-être je vais me faire engueuler, mais j’assume d’avance. Puis je découvre des sympathisants qui sont comme moi en cliquant sur les 31 « amis qui aiment cette page ».

Il nous faut donc maintenant trouver comment on pourrait travailler ensemble. Je ne sais si un projet existe en ce sens, mais moi j’y pense depuis un moment. Voici les points sur lesquels je suis en accord avec lui :

  1. Le vice est dans la monnaie unique car elle a juxtaposé 17 pays très différents par leurs structures économiques, leur langue, leur culture, leurs options politiques. Les écarts se sont creusés : l’Allemagne excédentaire, industrielle au nord et les pays d’Europe du sud, déficitaires, en voie de désindustrialisation.
  2. Je pense qu’il y a deux solutions à la crise actuelle : soit on renforce la Banque centrale européenne et alors on peut garder la monnaie unique, soit on ne peut pas car l’Allemagne s’y refuse et il faut envisager la mutation de la monnaie unique en une monnaie commune.
  3. Je développerai quatres repères fondamentaux dans la période troublée qui est devant nous : une monnaie moins chère pour permettre la réindustrialisation, la croissance plutôt que la récession, la souveraineté de la France, les droits du parlement c’est-à-dire souveraineté budgétaire et fiscale et enfin une Europe redressée, confédérale, démocratique.

et je trouve cette phrase qui confirme notre analyse de fond sur le PS :

  • En 2002 j’avais le tort d’avoir raison avant tout le monde. Je n’accepte pas que ceux qui font le lit du Front national en se ralliant au néolibéralisme puissent me transformer en bouc émissaire.

Tout a commencé avec Brassens

C’est « Le gorille » qui fut la première. J’avais été envoyé en vacances d’études pour essayer de me faire rattraper une année scolaire perdue. Et j’ai ce souvenir rengaine, moi chantant le refrain à tue tête tout en faisant un lit un matin dans le soleil. Une fille en faisait de même de l’autre bord du lit.

Je me suis aperçue depuis que je n’en comprenais pas les paroles. J’avais autour de 18 ans, c’était ainsi à cette époque.

Et comme ce serait un anniversaire de Brassens, de sa mort ou de sa naissance je l’ignore, on nous le sert à la télévision avec inégalité, hier soir fut l’extase et la redécouverte.

Il fut le premier. Bien sûr avant il y eut Trenet ou Montant, mais il y a eu Brassens. Après, il y eut Le Forestier puis Gainsbourg, mais avant il y a eu Brassens. Il y eut aussi Barbara pour laquelle j’ai gardé tendresse et fidélité, elle m’accompagna dans des solitudes ou des adieux, mais il y eut Brassens.

Je m’aperçus hier soir qu’il m’avait structuré dans mes mÅ“urs, ma manière de voir ma vie d’Humain et de Femme.

Il était contre le mariage, les sentiments sont trop importants pour ça, je l’ai suivi dans cette morale, pas forcément à mon profit, j’étais femme.

L’Auvergnat il m’a fait y croire pour toujours et j’y crois encore, je l’ai peu rencontré dans ma vie et j’ai cru que c’est ainsi qu’il faut être dans la vie avec l’autre, l’ai appliqué spontanément, pas toujours à bon escient.

Les femmes peuvent s’emmerder en faisant l’amour, mais n’est-ce pas les hommes qui ne prêtent pas attention à elles ?

Il m’a donné la liberté pour toujours, l’impossibilité d’obéir à qui que ce soit, ni de donner des ordres, mais dans une vie ordinaire ça peut avoir des inconvénients.

J’ai su par lui que la fidélité à soi-même est le plus important, peu importe l’effet qu’on fait sur les autres.

Non sensible à la poésie lue sauf Prévert, celle, écoutée, de Brassens m’est naturelle, le vocabulaire en est de tous les jours, les gros mots l’agrémentent et les idées dérangeantes dites par d’autres passent là comme naturelles. Sa musique coule de source et pourtant quand j’en demandais à quelque joueur de guitare il n’y arrivait pas et m’expliquait que c’est très difficile les accords de Brassens, et pourtant ils coulent comme une rivière tranquille et vive à la fois.

Je n’avais pas compris que Jeanne fut son amante, j’ai cru qu’elle n’avait été « que » son amie fidèle, celle qui l’accueillait à chaque besoin de sa vie, j’appris ainsi hier et avant-hier qu’il aima une femme de 30 ans de plus que lui, maintenant on trouverait plus normal l’inverse, quoique la mode y viendrait.

On le dit anarchiste, mais chacun sait qu’il est avant tout un timide rempli de pudeur, qui n’en fait qu’à sa tête puisqu’il avait décidé qu’il ne travaillerait jamais de sa vie… n’y croyez pas, les textes et les musiques il y a travaillé des années durant pour la plupart.

Il était beau, il était fort, après tout son petit défaut sur la langue rajoutait à son charme. Etait-il l’homme parfait ?

Avant sa première à Bobino

http://www.dailymotion.com/video/xfcwlj

Sur la Tunisie je n’avais pas prêté à temps attention à ce reportage photos – tellement beau – de l’évacuation des migrants de Lampedusa en août 2011 à Paris. Allez voir.

Le passage du relais d’une génération l’autre

video

Il vous apparait, vous générations qui nous succèdent (1), que peut-être en vieillissant nous nous sommes radoucis, nous arions droitisé nos positions, nous serions un frein à vos enthousiasmes. Mais tous vos enthousiasme ou illusions nous les avons eu avant vous, et les épreuves de l’Histoire nous ont appris quelques petites choses les concernant. C’est ce qu’on peut essayer de vous transmettre : les souvenirs historiques que nous avons vécu comme des traumatismes définitifs à nos rêves.

Pour tous ceux qui sont persuadés que la révolution tombe comme un fruit mûr dans une crise politique et économique mondiale telle que nous la vivons, ils seraient bien qu’ils retombent sur terre c’est toujours plus hard que le ciel et les petits oiseaux.

Je n’ai pas oublié que le mouvement de 1968 fut – presque – international : Mexique, Italie, Allemagne…

Je n’oublierai jamais le Chili et l’Argentine qui fut un coup violent dans nos espérances des années 70, et qui contribuèrent à faire retomber violemment l’espoir rose dans lequel nous vivions à l’époque. Le Cambodge en a « rajouté une couche » et la victoire de la guerre du Vietnam n’a pu « racheter les reste ».

Des souvenirs comme ceux-là on peut essayer de les transmettre aux générations qui nous succèdent. Il serait pas mal que des fois ils sachent que nos raisonnements ont des bases d’expériences cumulées. On croyait à toutes ces thèses dure comme fer à l’époque.

Des tas de gens des générations actuelles ont remis toutes ces thèses léninistes à jour, oubliant, ou faisant totalement fi, nous pensant, sans doute des vieux ronchons, ou qui avons tourné droite en vieillissant, comme ils pensent que c’est normal, de ce qu’on peut en dire et le mettre en pratique dans notre vie présente de militants. J’ai appris que le léninisme conduit au stalinisme et ses frères. C’est Lénine qui a commencé à exclure tous les autres courants, ne gardant que le sien : les Bolcheviks. Il a exclu : les Socialistes Révolutionnaires, les Mencheviks et tous les non organisés. C’est dans la racine du communisme d’URSS. On connait la suite, et on en a vu ses effets partout ailleurs, dans tous les partis s’en réclamant.

Je n’ai plus aucune thèse globalisante, d’autres en ont : Naomi Klein nous propose une thèse, comme avant elle, Francis Fukuyama proclamant la fin de l’histoire (qui permit d’assoir le libéralisme), Samuel Huntington à propos du choc des civilisations (qui eut pour suite la guerre contre les Musulmans). Actuellement ce serait grâce aux médias sociaux que les Arabes se seraient révoltés, moi je crois surtout que c’est l’éducation qui aide les gens à raisonner, et en particulier l’éducation des femmes (et donc leur libération) qui permet qu’elles élèvent leurs enfants avec les yeux plus ouverts. Et ces mouvements sont contagieux, Hessel n’en fut qu’un chainon

Naomi Klein sur Mediapart son interview sur Canal

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(1) je suis née en 1941, et j’ai été révolutionnaire (sur un petit nuage rose) années 60 et 70