Le bouc émissaire, Daphné Du Maurier

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J’ai été séduite par le titre (1), mais fut bien déçue par ce livre… que j’ai malgré tout lu jusqu’au bout, pas sans peine. Mon choix premier en fait fut sur l’auteur, que d’habitude j’apprécie, tel Le général du roi qui m’a appris un morceau de l’histoire d’Angleterre ou Rebecca qui est un des livres qui fut mon préféré, et admirablement adapté par Hitchcock. Et bien dans ce livre, pourtant bien écrit ce qui m’a permis de le lire jusqu’au bout, rien d’intéressant dans l’histoire. Bien décevant.

Une histoire qui pourtant eut pu avoir un intérêt, mieux traitée.

Il s’agit de deux hommes qui se rencontrent par hasard dans un bistrot et constatent qu’ils se ressemblent au point de pouvoir les confondre. Croyant qu’une telle chose est absolument impossible dans la réalité, sinon par des liens de sang j’ai cru tout d’abord que s’annonçait une sombre histoire d’enfant caché/découvert… surtout avec le titre, mon imagination me porta donc sur un suspense de femme qui accouche en cachette, une femme qui aurait favorisé l’un de ses enfants aux dépens de l’autre… et bien rien de tel. Première déception.

L’un est comte, l’autre enseignant. L’un donc dans la faveur de la société, point l’autre. Mais le premier envie la vie tranquille du second. Il lui propose de prendre sa place. Aussitôt dit que fait.

Voilà ce pauvre prof devenu chef d’une famille trop grande, encombrante, parce qu’aucun de ses membres ne présentent d’intérêt, chacun tourné vers ses manies, le plus souvent égoïste. Vous me direz que c’est commun chez les humains, certes. Mais l’histoire n’en prend pas d’intérêt pour autant.

Finalement ce prof débrouille bien les choses, personne ne le découvre sinon les chiens, mais même pas la maîtresse du comte, ce qui me parait totalement invraisemblable, personne n’a pas même odeur (le chien le sait lui), n’a la même forme, ne fait les mêmes gestes, et je vous passe d’autres détails caractéristiques.

… la fin que je vous évite, n’a pas plus d’intérêt.

Ainsi Daphné Du Maurier, normalement la maitre du suspense, peut aussi être sans inspiration.

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(1) Phébus Libretto, 1996, 375 p., traduit par Denise Van Moppès

Le joueur d’échecs, Stefan Zweig

Un peu lassée des livres d’économie je me retourne vers la littérature. J’en ai fait quelques acquisitions. Il est le premier que j’ai lu (1). C’est un petit livre comme la plupart des écrits de Zweig qui produisit surtout des nouvelles (2). Lire un livre de 124 pages a son avantage : on le tient facilement à l’état allongé. De plus cette édition comporte une biographie par Isabelle Hausser qui ne manque pas d’intérêt. Donc finalement il reste 80 pages pour la nouvelle.

Cette histoire comporte une base invraisemblable. Le champion mondial des échecs est une sorte d’illettré. Ses qualités exceptionnelles en matière d’échec ont été découvertes par hasard dans son village d’origine d’une province yougoslave, il était le désespoir de ses instituteurs, puis il fut découvert sa seule capacité : jouer aux échecs, doué d’une mémoire énorme en matière de coups joués et à jouer, sur un échiquier, et d’une logique imparable.

Mais l’état de champion n’étant pas rentable, il décide de faire des parties qui lui seraient rémunérées par tout adversaire, sauf si ce dernier gagnait contre lui.

Et comme personne ne gagne contre lui, il accepte qu’un groupe de 3 à 5 personnes s’y essaye, sans plus de succès. Durant l’une de ces parties, sur un paquebot, un passant attire l’attention…

Et là je vais laisser le suspense, sinon vous indiquer que le nazisme apparait à travers ce personnage qui en subit les atteintes et en devint un joueur émérite à son insu.

Deux mots sur Stefan Zweig. Il est parmi mes auteurs fétiches. Un de ceux qui m’ont le plus marqué. Il fait parti des Juifs – ils étaient tous athées – de l’empire d’Autriche qui ont bénéficié de la liberté des Juifs, surtout venant de l’Est. Ils furent légion (Freud, Zweig, Schnitzler). Ils firent une culture enrichie du mélange de leur culture et de celle de l’empire. Tout disparu avec les Nazis. Toute l’Europe a perdu, le monde aussi.

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(1) ou relu, la première fois étant tellement lointaine, années 60 ou 70, mais en tout cas absents des tas de livres – et de ma mémoire – que je transporte de déménagements en déménagements. Mais je finis par le découvrir dans « Romans et nouvelles » paru au livre de poche.

(2) Son plus célèbre livre qui est un essai : Le monde d’hier, Belfond, 530 p., éd. 1982

La prospérité des riches allège-t-elle la misère du monde ? 1- l’épargne

Voilà je continue à vous exposer le raisonnement de Jacques Généreux (prof à Sciences Po) concernant l’économie et particulièrement ce que le gouvernement nous serine quotidiennement. Ici je commence une série de 4 points en quatre chapitres que j’appellerais les fausses-évidences.

On nous dit :

L’épargne accumulée par les riches finance les investissements et le développement économique, grâce auxquels l’emploi et les revenus de tous peuvent progresser.

Les faits :

L’épargne des riches n’est pas la cause du développement économique mais sa conséquence.

C’est le travail qui constitue la source du produit et du revenu d’une nation. Le travail engendre la production et le revenu ; la partie du travail qui n’est pas consommée constitue une épargne disponible pour des investissements. Ces investissements productifs se feront plus facilement si la croissance globale de l’économie est soutenue.

Qu’est-ce qui soutient cette croissance ?

  1. le travail+le capital ne sont que pour 1/3 dans cette croissance
  2. Le progrès général est largement imputable à la politique générale de l’état (l’état c’est nous) :
  • l’éducation
  • la santé
  • infrastructures (routes, communications)
  • la recherche
  • la stabilité politique
  • la réduction des inégalités sociales
  • la démocratisation de l’accès au crédit
  • … soit tout ce que le citoyen apprécie dans sa vie quotidienne et demande : les services collectifs financés par l’impôt

On peut donc prévoir un avenir sombre à une nation qui réduit la part destinée aux travailleurs et aux biens publics pour accroitre celle des profits pris par une minorité.

Si en plus cette société libère et encourage toutes les formes de spéculations pour faire d’énormes plus-values qui ne créent rien (ni ne crée d’emploi), ces perversions engendrent des crises… soit exactement le contraire de ce qu’on nous répète.

Ce pouvoir ne travaille qu’à l’enrichissement d’une minuscule minorité (oligarchie) et se fout totalement de notre nation.

à suivre : à qui devons nous le progrès social ?

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NB : ce qui précède est une adaptation des pages 89, 90 et 91 du livre La Grande Régression, Jacques Généreux, éd. du Seuil, octobre 2010, à laquelle j’ai intercalé mes réflexions propres.